De l’objectif aux fourneaux : Romain Joly a changé d'optique

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Quand, à 18 ans, Romain Joly a annoncé à ses proches qu’il voulait être photographe… Ils ont ri. Et quand, à 30 ans passés, il a eu envie de poser son appareil pour devenir cuisinier, il a forcément suscité de l’incrédulité dans son entourage. L’ancien rédacteur en chef photo de la maison d’édition Scrib (Le Mensuel de Rennes) a réussi sa reconversion. Rencontre avec le chef de La Cantine des Ateliers, à Rennes.

 





 

De rédac chef à chef tout court

Romain Joly est un passionné. De ceux qui ont l’énergie et la foi de concilier leurs envies avec leur vie professionnelle. Tout commence au début des années 2000, quand il « monte une maison d’édition avec cinq potes ». Les fougueux associés de la maison d’édition Scrib feront naître Le Mensuel de Golfe, à Vannes, puis Le Mensuel de Rennes. Romain Joly quitte alors le Morbihan pour chapeauter la capitale bretonne. Le jeune associé s’implique dans le quotidien de la rédaction, dans les missions de ressources humaines, tout en assurant ses missions de photographe. « Il faut être carré en administratif pour entreprendre », sourit le trentenaire, qui a bien la tête sur les épaules.

 

« J’avais toujours fait de la photo et j’en avais naturellement fait mon métier, raconte Romain Joly. De la même manière, j’avais toujours aimé cuisiner. Dans la cuisine, il y a le potentiel pour trouver du travail. Je me suis dit que c’était possible de me créer un poste et d’en vivre bien ».

 

Pour celui qui n’a jamais travaillé comme simple salarié, vivre bien c’est aussi exercer son métier dans de bonnes conditions. En pouvant faire comme il l’entend mais, surtout, en le faisant bien. Dans son entourage, on a du mal à croire qu’il va laisser un travail qu’il aime et dans lequel il est bon pour une nouvelle aventure. « J’ai pu compter sur le soutien de ma femme et de mes associés du Mensuel. Sans eux, j’aurais pu lâcher dans certains gros moments de doutes », se souvient aujourd’hui Romain Joly. Pas facile, à 34 ans et alors qu’on va devenir papa, d’apprendre un nouveau métier, reconnaît-il.

 

La famille de la cuisine

Un an de formation, un certificat de qualification professionnelle et, surtout son passage comme alternant dans les cuisines de L’Arsouille, à Rennes, ont transformé le photographe cuisinier à ses heures en un chef sûr de lui. « L’Arsouille, c’est un vrai bistrot de produits et Chris, le patron, c’est un peu mon papa de cuisine, s’enthousiasme Romain Joly. J’y ai beaucoup appris : plus que de la technique, j’ai appris une éthique », ajoute Romain.

Le jeune chef a une vraie vision de la cuisine, qui le fait avancer chaque jour.

« Cuisiner, c’est raconter une histoire au travers des produits que tu choisis de servir et donc des gens auxquels tu les achètes. Etre cuisinier, c’est comme avoir une famille autour de soi. »

De la famille au collectif, il n’y a qu’un pas ! Depuis septembre 2016, Romain Joly est le chef de La Cantine des Ateliers. Un resto atypique qui a ouvert dans Les Ateliers du vent, une ancienne usine Amora qui abrite un collectif artistique pointu. Le but de cette cantine ? « Faire entrer les gens, ici ; attirer un public qui n’aurait pas forcément franchi les portes autrement. » Un pari qui semble réussi, puisque le chef Joly et sa « cuisine de grand-mère qui a voyagé » régalent régulièrement 40 à 60 personnes, à l’heure du déjeuner. « 80 % de mes clients n’étaient jamais venus ici », se félicite Romain.

« Je suis salarié du collectif mais j’ai de l’autonomie, par exemple, c’est moi qui gère les coûts », apprécie Romain, qui a toujours l’esprit d’entreprise chevillé au corps. Son prochain défi : « Que la cuisine fasse partie du projet artistique, faire coller la cuisine avec le projet du collectif ». Un nouvel objectif à réaliser pour cet ancien photographe.

 

 

A la table de Romain Joly

A la Cantine des Ateliers, on n’est pas tout à fait au resto sans être complètement dans une cantine non plus. Les tables et les chaises sont dépareillées, la décoration change régulièrement (eh oui, les lieux abritent un collectif artistique, rappelons-le!) et chacun débarrasse sa table quand il a fini.

Et qu’est-ce qu’on mange ? Du frais, du local, du fait maison : Romain Joly dit de sa cuisine que c’est une cuisine de grand-mère… Mais une grand-mère qui a beaucoup voyagé. Influencé par la cuisine moyenne-orientale et asiatique, le chef aime incorporer des épices et travailler des bouillons. Dépaysement garanti.

La Cantine des Ateliers, aux Ateliers du vent, à Rennes. Ouvert le midi, du lundi au vendredi.

Réservation conseillée via cantine@lesateliersduvent.org

La Cantine des Ateliers du Vent : 59, rue Alexandre Duval, Rennes – Tel. 02 30 96 42 77.