L'aide aux réfugiés : simple réaction de bon sens ?

Retourner à la page d'accueil

I Ils n'avaient pas de liens ni de cause commune et ils se retroussent les manches ensemble pour collecter et trier des affaires à destination des réfugiés en France. Témoignages de bénévoles engagés dans l'action solidaire, sans motif politique ni religieux, au sein de l'association Collecte pour les réfugiés(es) Pays de Brest.





 

Pourquoi décide-t-on un jour d'apporter son aide à ceux qui en ont besoin? Comment ose-t-on franchir la porte d'une association de solidarité où l'on ne connaît personne ? Les raisons, souvent liées à des engagements religieux ou politiques, peuvent aussi s'affranchir de cette logique. C'est le cas de bénévoles qui se sont investis récemment dans l'aide aux réfugiés arrivés en France, écoutant leur bon sens et tombant quelques barrières mentales.

Interpellés, ils l’ont été par ces images d'hommes, de femmes et d'enfants regroupés à Calais et à Grande-Synthe et par l'incompréhension générale. Ils ont ressenti l'urgence « de faire quelque chose » en attendant des solutions pérennes à l'échelle nationale, européenne, mondiale.

Alain, Odile, Pierre, Danièle, Romain, Hélène et Miki n'avaient pas de liens ni de cause commune. Chacun de leur côté, ils ont eu le même déclic en suivant les actualités. Ils ont franchi un pas, tendu la main et aujourd'hui, ils retroussent leurs manches ensemble au sein de l’association Collecte Solidarité pour les Réfugiés(es) Pays de Brest * (l’association a été créée en novembre 2016).

« On n'avait pas vu autant de gens sur les routes depuis 39-45. Ces images de réfugiés qui rejoignaient la jungle de Calais, c'étaient les mêmes que celles de nos populations civiles fuyant la guerre. Je ne pouvais pas rester sans rien faire » confie Alain, 62 ans, médecin à Landerneau. 

 

Par sa culture du soin, l'engagement humanitaire l'attirait mais, sa retraite tout juste entamée, il n'en avait pas encore pris le temps. « Là, c'était urgent, concret, proche et sous nos yeux. C'était un minimum de se mobiliser pour collecter des vêtements chauds à défaut d'aller sur place ». Parole franche d'un homme qui ne revendique que le bon sens.

« J'apprécie que notre groupe soit indépendant, personne ne demande à personne s'il est de gauche ou de charité chrétienne. On se réunit autour d'une action solidaire, c'est ce qui compte».

 

Pas besoin de justifier son élan solidaire

Même teneur de propos avec Odile, 64 ans, de Plougastel.

« A un moment donné, ce n'était plus possible pour moi de regarder les infos sur les réfugiés et de rester sans rien faire. Au printemps 2016, j'ai su qu'il y avait une collecte, j'ai apporté des affaires. Je n'ai pas osé faire plus car je ne connaissais personne dans ces réseaux », se souvient Odile.

 

Il lui a suffi de lire ensuite dans le journal un appel aux bénévoles pour qu'elle se lance en septembre dernier.

« Cette démarche m'a semblé simple, humaine. J'avais aussi besoin de mieux connaître le problème pour comprendre le sort des réfugiés, leur type de population, la situation de leur pays. Pour en discuter aussi autour de moi avec des arguments car on entend de nombreuses fausses-vérités sur le sujet. »

Odile reconnaît avoir été sensible à l'état d'esprit du groupe : « J'ai tout de suite senti de la confiance et j'apprécie la bienveillance. Personne n'a à justifier pourquoi il est là, ça me convient». Pas de discours ni de morale pour justifier son élan solidaire.

 

On s'informe mieux, on comprend les enjeux

Pour Hélène 60 ans, de Brest, c'est un heureux concours de circonstance qui l'a entraîné dans l'aide aux réfugiés.

L'entreprise de son fils est voisine du local de Beg Avel où est basée l'association, dans le quartier de Saint-Pierre. Il voyait les bénévoles s'activer pour les collectes, il en a parlé à sa mère sachant qu'ils avaient besoin de renfort.

« Je suis arrivée comme ça avec enthousiasme. Après ma vie active je voulais me sentir utile à nouveau et d'une façon qui me permette de concilier ma vie familiale et sociale ».

La jeune retraitée souligne ce que cette action bénévole lui apporte beaucoup en retour.

« Je me suis rendue compte que j'avais pas mal de lacunes sur le sujet. J'y ai trouvé des moyens de m'informer, de comprendre des enjeux plus larges, c'est important. »

Tous apprécient « de travailler en bonne intelligence et avec une solidarité contagieuse ». L'association CSR Pays de Brest multiplie ses collectes en différents points du Finistère Nord à des moments précis. Depuis le démantèlement des camps de Calais et de Grande-Synthe en novembre, c'est en Bretagne et à Paris que sont acheminés leurs dons. Ce contact avec le centre d'accueil de la Chapelle, co-géré par Emmaüs et Utopia 56, est essentiel pour rendre leur solidarité efficace en lien avec les besoins.

 

Le dernier camion est parti de Brest le 3 janvier, avec 25 m3 d'affaires collectées, triées et rangées par leurs petites mains. Ces bénévoles qui humblement, cet hiver, ont osé suivre leur bon sens.

 

 

 

Où s'informer pour aider les réfugiés ?

L'association Collecte Solidarité Réfugié-es Pays de Brest (CSR Pays de Brest) va organiser de prochaines collectes de vêtements et de couvertures courant février pour les acheminer aux réfugiés fin février, en lien avec le centre de la Chapelle à Paris et les centres d'accueil et d'orientation (CAO).