“La vie, ça se prend à bras le corps. Ca ne se mange pas, ça se dévore !”

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Chanteuse-accordéoniste, navigatrice, militante, enseignante, mère de 7 enfants, Claude Michel a eu, comme les chats, plusieurs vies. L’artiste de Concarneau, qui fêtera ses 80 ans cet été, continue de chanter et de donner coups de griffes et tendresses dans les bistrots, théâtres et fêtes maritimes. Interview sans fard ni concession.

 

“Je ne suis pas croyante mais je crois qu’on n’est pas là uniquement pour soi et que si on a pu faire bouger les lignes, même un peu, la vie n’aura pas été inutile.“

Claude Michel

1. Quel a été le plus grand combat de votre vie ?

Essayer de diminuer les inégalités entre hommes et femmes. Mon histoire y est pour beaucoup. Mariée à 18 ans, j’ai été quittée par mon mari 5 ans plus tard. J’avais 23 ans, 4 enfants en bas­-âge à charge et aucun métier. J’ai brutalement pris conscience de la condition féminine. Dans les années 70, j’ai milité pour la contraception et l’avortement. Plus tard, j’ai écrit des chansons contre le mariage forcé, le harcèlement, les tournantes, la prostitution, l’excision... Quand on touche une femme, c’est moi qu’on touche. Alors je chante pour elles, pour “toutes les sans­-voix, les opprimées, celles d’ici ou là­-bas, celles qu’on a bâillonnées, celles qui n’ont jamais eu le droit que de baisser la tête... Ce sont les paroles de ma chanson « Les sans­-droits ».

2. Quelle place votre accordéon tient-­il dans votre vie ?

Je voulais chanter et pouvoir m’accompagner pour ne pas être dépendante d’un musicien. Je voulais aussi un instrument maniable: l’accordéon n’est ni trop lourd, ni trop grand, ni trop fragile, il ne se désaccorde pas et je peux l’emmener partout, même sur un bateau ! Il me permet d’exprimer ce que j’ai sur le coeur, mes coups de coeur et mes coups de gueule. Parlés, je passe pour une vieille emmerdeuse. Chantés, je touche les gens et je les fais réfléchir.

3. Comment écrivez­-vous ?

Je m’inspire de ma lecture des journaux ou ce que je vois dans la rue. Quand ça me prend aux tripes, je peux écrire toute une nuit. C’est parfois brutal. J’écris aussi sur des thèmes légers comme l’amour, le bateau ou la pêche. Je note des bouts de phrases, des mots et je brode. Là, ça peut prendre six mois avant qu’une chanson ne naisse !

4. Qu’est­-ce qui vous rend heureuse au quotidien ?

Chanter ! Dans les petits bistrots, dans la rue, sur les bateaux... Prendre la mer, pêcher... Et passer du temps avec mes enfants et mes 12 petits enfants. Ma descendance est nombreuse ! (rires)

5. Avez­-vous une devise ?

Vivre sa vie à fond ! Beaucoup de gens s’économisent, font attention (aux maladies, à ne pas prêter le flanc à la critique...) On arrive peut-­être plus en forme au bout mais je n’ai pas envie de vivre comme ça. Pour moi, ils vivent en noir et blanc. La vie, ça ne s’use pas si on s’en sert, alors faut vivre à plein !

6. Avez-­vous (encore) des rêves ?

Que ma vie en bonne santé et indépendante dure longtemps ainsi. Et qu’on ne me prolonge pas comme ce pauvre Vincent Lambert, ça non. Faut pas que ça traîne. (silence) Sinon... voyager encore! En Grèce ?

7. Un événement négatif que vous retenez de ce siècle ?

La montée de l'islamisme radical. Avec "eux", sur la question hommes­-femmes, c’est la fin des haricots. Quelle folie furieuse de couvrir ainsi des femmes. Elles vivent dans des tombeaux ambulants. Ce phénomène gagne du terrain dans le monde et cela m’inquiète.

8. Un évènement positif ?

La contraception ! La maitrise de la fécondité, c’est LA grande révolution ! Il n’y a jamais rien eu d’aussi important. Rendez­-vous compte tout ce que ça bouleverse autour !

9. Etes-­vous optimiste concernant l’avenir ?

J’ai été très longtemps optimiste. Je voyais le progrès malgré les horreurs. Mais cet argent qui empoisonne tout, cette mondialisation insensée, les multinationales qui prennent le pouvoir, les conditions de travail qui se dégradent... c’est dramatique.

10. Qu’aimeriez­-vous transmettre aux jeunes générations ?

Si vous avez de l’argent et des biens, tant mieux. Mais l’important, c’est d’essayer d’être heureux et de pouvoir partir en se disant qu’on n’a pas servi à rien. Une chanson qui fait réfléchir, une élève à qui j’ai donné le goût du journalisme, ma petite fille qui vient passer du temps chez moi... Je ne suis pas croyante mais je crois qu’on n’est pas là uniquement pour soi et que si on a pu faire bouger les lignes, même un peu, la vie n’aura pas été inutile.

 

Claude, de 10 en 10

  • 1936 : Naissance de Claude Michel à Reims.
  • 50’s : 1er mariage à 18 ans, naissance de 4 enfants, un divorce.
  • 60’s: CAPES en histoire­-géo. Enseignante en Bretagne. 2ème mariage et naissance de 3 enfants.
  • 70’s : Découverte de l’accordéon et du chant. Militantisme sur la question féminine.
  • 80’s : Sortie de son 1er album et début de sa vie d’artiste.
  • 2000’s : Engagement sur le terrain social: fondation de l’Abri­côtier, refuge pour les femmes victimes de violences conjugales à Concarneau, chargée de mission droits des femmes à la préfecture du Finistère.
  • 2016 : Claude fête ses 80 ans et entame une nouvelle tournée en Bretagne. Elle chantera le 17 juillet pour les Fêtes maritimes de Brest.