Osons : Nicole, 78 ans, en coloc’ avec Donaji, 26 ans.

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Au départ, je voulais rendre service à un étudiant, parce que les jeunes n’ont pas beaucoup de moyens. Finalement, je me suis rendue compte que c'était eux qui m'apportaient quelque chose. Ainsi Nicole résume-t-elle le fait d’avoir fait de sa maison un logement intergénérationnel. Depuis cinq ans, cette enseignante à la retraite de 78 ans ose accueillir chez elle des étudiantes, rencontrées par l’intermédiaire du Bureau information jeunesse de Lorient. Nicole énumère : « Il y a eu Emma, pendant deux ans, Manon un an et Donaji, qui entame sa deuxième année ici. ».

 

Nicole et Donaji sont toutes deux enchantées de profiter du dispositif de logement intergénérationnel. Crédit © Julie Menez

"Avec Donaji, nous parlons de pleins de choses différentes. Mais surtout, nous rions !" s'esclaffe Nicole. 

 

Nicole ne sortant pas beaucoup, elle adore que Donaji lui raconte ses journées passées à l’extérieur. Crédit © Julie Menez

 

Des différences, et pourtant…

Nicole vivait seule depuis le décès de son mari, en 1999. Avoir ces jeunes filles à la maison, « apporte de la jeunesse, de la fantaisie. Et avec Donaji, une autre langue ! ». A bientôt 26 ans, cette jolie Colombienne suit des études de Langue étrangère appliquée à la fac de Lorient. Donaji verse 72 euros à Nicole pour les charges, en plus d’une cotisation mensuelle de 12 euros au Bij de Lorient. Un loyer minime pour la jeune fille, qui a trouvé ses marques dans cette maison avec jardin, auprès de la retraitée. « Avec Donaji, nous parlons de pleins de choses différentes. Mais surtout, nous rions !, s’esclaffe Nicole. Je l’aide à comprendre des blagues et elle apprécie aussi mon humour normand ! ». La cohabitation de Donaji et Nicole est maintenant bien rodée. L’étudiante profite d’une chambre et d’une salle de bain privative, à l’étage de la maison. « L’étage, c’est son royaume », plaisante Nicole. C’est donc entre la cuisine et le salon que les deux femmes partagent des moments complices, le temps d’une partie de Scrabble (« Mais Nicole est bien trop forte », se désole Donaji), d’un repas aux saveurs parfois colombiennes ou encore devant la télévision.

 

Prochain défi des deux colocataires : une partie de Scrabble… Mais en français pour l’une et en espagnol pour l’autre ! Crédit © Julie Menez

« Nous aimons bien regarder C dans l’air, détaille la Lorientaise. Nous ne sommes pas toujours d’accord avec ce qui est dit… Ni d’accord entre nous ! Nos deux pays ont des gouvernements tellement différents ! Ça permet aussi de prendre du recul sur les choses. »

 

En binôme

Chez Nicole, Donaji est bien sûr libre de ses allées et venues. Elle rend quelques menus services à la propriétaire, comme lui poster son courrier ou encore fermer les volets. Des petites choses du quotidien inscrites dans la charte que le binôme a signé au moment de sa constitution. « Donaji est très occupée, elle rentre, elle sort… Nous ne mangeons pas toujours ensemble ». Et si Nicole reconnaît être protectrice envers sa jeune locataire, elle insiste : « Je ne suis pas inquisitrice. En revanche, même quand elle a prévu de rentrer très tard, je demande juste à ce qu’elle me prévienne, que je ne m’inquiète pas pour rien. »

Nicole le reconnaît volontiers : elle a aussi été tentée par l’expérience parce qu’elle en avait assez de vivre seule.

« Même quand Donaji est absente, il reste une présence. Je n’attends pas quelqu’un… Il y a quelqu’un. ».

 

« Il faut oublier nos manies »

Alors, comment trouver un équilibre dans la cohabitation intergénérationnelle ? Pour Nicole, c’est très simple : « On se respecte. » Les deux femmes sont bien conscientes de ce qui les oppose : l’âge, l’origine, les activités, l’éducation… Pourtant, le binôme fonctionne bien et s’il arrive que des choses coincent, il n’y a encore eu aucun problème qu’une bonne discussion n’a pu régler. Nicole encourage tous les seniors à, eux aussi, ouvrir leur porte à un étudiant. « C’est une façon de vivre vraiment très intéressante… Cependant il faut oublier nos manies ! Et ne pas se mettre en tête que les jeunes sont des bons à rien ou ne sont pas sérieux. C’est faux. Les gens oublient qu’ils ont été jeunes… Nous aussi, nous nous sommes amusés ! »

 

Comment fonctionne le logement intergénérationnel ? L’exemple de Lorient

Justine Chancerelle, Coordinatrice du logement intergénérationnel, Association Bureau Information Jeunesse de Lorient : « Pour participer au dispositif, le jeune doit être âgé de 16 à 25 ans, scolarisé et en recherche d’un logement à Lorient et alentour. Les seniors qui veulent participer contactent le Bij de Lorient ou un Centre communal d’action sociale partenaire. Mon rôle est de trouver le jeune qui correspondra le mieux au senior demandeur, en tenant compte de plusieurs choses. Certains seniors ont des souhaits précis :  des filles ou des garçons, des majeurs ou des mineurs, d’autres n’ont pas de préférence. On tient aussi compte des centres d’intérêt. »

« Les petites aides qu’apportera le jeune au senior sont définies au moment de la constitution du binôme. Une convention d’hébergement est signée, avec une charte et un état des lieux d’entrée dans la chambre. La convention précise ce que le jeune peut faire ou ne pas faire dans le logement et les aides à rendre et si les repas sont pris ensemble ou non. C’est important : le jeune ne doit pas remplacer une aide à domicile ou une infirmière. Les frais d’adhésion sont de 35 euros par an, plus 12 euros par mois de cotisation. Le jeune verse 72 euros par mois pour eau et électricité. Au total, il débourse 84 euros par mois pour le logement. »

Les modalités varient suivant les associations proposant le dispositif du logement intergénérationnel. Pour trouver une structure proche de chez soi, contactez le réseau Cosi (Cohabitation Solidaire Intergnérationnelle).