Ecocum, trois nuances de collectif

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Au sein de l’habitat groupé et écolo d'Ecocum, dans le Finistère, huit familles ont fait le choix de concilier vie collective et liberté individuelle.

Ecocum, du grec oîkos « maison » et du latin cum « avec », est le nom d’un éco-village situé à Loperhet, sur la Presqu'île de Plougastel. Là, sur une parcelle arborée de 5600 mètres carrés à proximité de la route nationale Brest-Quimper, vivent huit familles animées par des valeurs communes : Ecologie. Solidarité. Coopération.

 

Orientées au sud, les 9 maisons ne nécessitent qu'un poêle pour être chauffées en hiver

© Romain Gicquiaux

Vue du toit de Janet, près de son jardin de simples

© Romain Gicquiaux

 

Famille élargie. "Les enfants du hameau grandissent les uns avec les autres. Les plus grands prennent en charge les plus petits et nous, les parents, nous nous entraidons." explique Maeva, jeune maman dont la maison en ossature bois, paille et liège devrait être terminée en fin d’année. Le terrain de jeu des enfants d'Ecocum est vaste ! Ici, pas de barrière bordant les maisons. Les espaces verts (pelouses et vergers), le poulailler et le coin barbecue appartiennent aux huit familles. Même chose pour “la maison commune” où sont partagées des chambres d’amis, une buanderie à récupération d’eau de pluie, un garage à vélos et un salon.

Un hameau écolo

"Ne pas nuire” (aux animaux, à la terre, aux voisins, au village…) est l'un des principes fondateurs d'Ecocum, stipulé dans une charte que toutes les familles ont signée. Et en premier lieu, ne pas nuire à l’environnement. Ici, les eaux usées de chaque foyer sont filtrées par bassin de phytoépuration, les toilettes sèches sont de rigueur, les maisons bioclimatiques ne chauffent qu'avec des poeles à bois, les eaux de pluie sont récupérées pour alimenter la buanderie collective et les voitures sont bannies dans l'enceinte du hameau...

"La fenêtre de ma cuisine donne sur les trampolines. C’est gai ! Les enfants viennent parfois chez moi regarder la BBC et parler anglais. Ecocum est devenu ma deuxième famille” raconte Janet qui apprécie particulièrement le côté intergénérationnel du projet. Cette pétillante anglaise de 67 ans est la doyenne du hameau. Sa maison passive a été conçue de plain-pied pour faciliter ses vieux jours. Chez elle, il n’y a aucune marche, les portes sont coulissantes et les meubles bas. “pour le jour où je serai en fauteuil roulant” évoque-t-elle.

Mais comme dans une famille, il y a parfois des couacs. Espace, argent, intimité, tout est partagé. "Les problèmes relationnels peuvent déstabiliser le groupe. Les tensions rejaillissent sur tout le monde irrémédiablement et parfois, c'est dur à gérer" avoue Maripol, voisine de Janet et mère de deux enfants. De même, “quand il y a une séparation ou un décès, c’est comme si on te coupait un bras” ajoute Janet. Une vie de groupe, pour le meilleur et pour le pire. Alors, tous les mois, les habitants se réunissent dans la “maison commune”. L’occasion d’évacuer les incompréhensions, les frustrations et parfois “de lâcher la soupape" selon Yohan. Ces rendez-vous servent aussi à faire le point sur les chantiers collectifs, les dossiers administratifs et à voter les grandes orientations, à la majorité s’il vous plaît !

 

Maripol, Philippe et leurs 2 enfants dans leur maison en chantier, une des dernières du hameau - © Romain Gicquiaux

Le linge se fait dans la buanderie de la maison commune. C'est aussi là que se passent les réunions mensuelles du collectif suivi d'un repas partagé - © Romain Gicquiaux

 

Après la coloc. Il y a le côté famille XXL... et le côté bande de copains. C'est cela, entre autres, qui a séduit Maripol et son mari Philippe, eux qui ont vécu longtemps en colocation à 7 adultes. Leur carburant? L’énergie du groupe, les projets collectifs, les nuits à refaire le monde. "Pour le chantier enduit-terre, j'ai bénéficié de l’expérience des autres résidents. Seul, pas sûr que je me serais lancé! Faire le choix de mutualiser certains espaces nous a permis de réduire la surface de notre habitation. Notre baignoire et notre chambre d’amis se trouvent... dans la maison commune !"

Pour ces deux adeptes de l’éducation populaire, Ecocum est presque trop individualiste à leur goût. Comme d’autres résidents, le couple a rencontré des difficultés de financement dues au montage juridique complexe et des défauts de construction sur la maison. "Si on avait un seul bâtiment au lieu de neuf maisons, on aurait un seul interlocuteur auprès des banques et des architectes, un seul dossier, un chantier unique. On mutualiserait les énergies et ce serait plus écolo" assure Philippe. De même, ils aimeraient parfois que les affaires terre-à-terre du hameau laissent place aux réflexions de fond comme l’argent, l'espace ou la propriété. Un peu de philosophie entre les dossiers pelouse et assurance.

Un montage juridique sophistiqué

Ecocum, c’est :

  • une SCI possédant et gérant “la maison commune”. Chaque habitant (ou associé) possède 10 parts (10 euros la part)
  • une copropriété possédant tout le terrain (maisons individuelles + infrastructures partagées)
  • une association créée en 2010 dont les membres sont les habitants. Le projet global est défini dans la charte.

Pour la copropriété, chaque foyer possède un droit à construire de 180 m2 au sol + un neuvième du terrain. Chaque foyer a donc déboursé 42 000€, en plus du coût de fabrication de sa propre maison. Quelle que soit la taille de la maison, chaque foyer a le même poids lors des votes.

 

Maeva, Yohan et Steren espèrent terminer cette année leur maison de paille

© Romain Gicquiaux

"Les enfants du hameau grandissent les uns avec les autres. Les plus grands prennent en charge les plus petits et nous, les parents, nous nous entraidons" Maeva

© Romain Gicquiaux

 

L’indépendance dans le collectif, le juste dosage à trouver. Pour Yohan et Maeva, Ecocum a beau être un choix éthique, économique et écologique, les deux trentenaires apprécient grandement leur liberté.“Au début, j’avais peur de ce mode de vie, de ne pas me sentir chez moi. Mais nous sommes relativement libres ici ” tempère Yohan. L’indépendance dans le collectif, comme un nuage de lait dans un british tea ? Ce n’est pas Janet qui dira le contraire ! "Le matin, si le store de ma cuisine est fermé, cela signifie que je veux rester tranquille, que je prends mon petit-déjeuner ou que je ne suis pas encore habillée. Quand je relève le store, c'est que l'on peut venir me voir." A Ecocum, tout le monde respecte les signaux d'indiens de ses voisins. Ils permettent de préserver intimité et tranquillité, contre-balancier de la vie de groupe.

 

De l’idée à la concrétisation, un projet de 10 ans

  • 2005 : Céline et Benoîst (à l’étranger lors de notre venue) et quelques amis émettent l’idée de créer ensemble un écovillage partagé
  • Octobre 2007 : définition de la philosophie d’Ecocum, la charte.
  • Avril 2011 : Ecocum rachète le terrain à la mairie.
  • 20 avril 2011 : premier coup de pioche !
  • Août 2012 : emménagement des premières familles
  • Printemps 2016 : 8 parcelles sur 9 étant pourvues, il en reste une disponible !
 
 

Contact

Pour contacter Ecocum : contact@ecocum.infini.fr

Janet, 67 ans, est la doyenne du hameau. Ici, elle a bâti la maison passive de ses rêves - © Romain Gicquiaux