Anne Smith, peintre de plein air et de vent

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Peintre officielle de la marine agréée en 2005, la franco-britannique Anne Smith part en expédition aux quatre coins du monde sur les bateaux militaires et croque la nature déchaînée, les gens de mer et les ports. Amoureuse du Finistère où elle vécut 20 ans, son atelier se trouve aujourd’hui dans le Morbihan. Rencontre sur la frégate l’Aquitaine à l’occasion des Fêtes Maritimes Internationales de Brest 2016.

 

Tableau peint pendant l'interview

“J’écoute le paysage. Je regarde les volumes, les inclinaisons, les mouvements du sol, comment la lumière frappe la terre. Peindre, c’est apprendre à regarder.“

Anne Smith

 

Que vous inspirent la mer, les bateaux et le Finistère, sujets que vous peignez beaucoup ?

La lumière d’ici est fulgurante, intense et fuyante à la fois, difficilement maîtrisable. La côte est sauvage, raide et âpre. J’aime l’authenticité du Finistère. La mer ? C’est pour moi le dernier espace indompté de cette planète. Dangereuse, c’est un peu la jungle qui lèche la côte. Ce sont les gens de mer et leurs outils que j’aime le plus. Un bateau sans équipage est un bout de ferraille sans âme. J’aime le savoir-faire ancestral marin, ces métiers qui ont traversé les siècles. On renoue avec quelque chose d’éternel.

Trois instantanés de votre dernière expédition sur l’Etoile ?

J’ai passé 12 semaines à bord de cette goélette paimpolaise reconvertie en navire-école militaire, pour le trajet Cap-Vert - New-York. Je prenais mes quarts de 4h à 8h du matin et de 16h à 20h. J’ai assisté aux levers et couchers de soleil sur la mer tous les jours: une merveille ! Je pense aussi à cette «nuit de velours» pendant la traversée de l’Atlantique : la mer était plate, crémeuse et sombre, comme une pinte de Guinness (rires). On voyait le reflet de la lune et des étoiles dans l’eau. En plongeant vers les profondeurs, les dauphins emportaient le plancton vert fluorescent, telles des comètes. On aurait dit un ciel renversé, c’était magique. Enfin, il me faut évoquer la banette où je dormais... Quand on est 27 à bord soit 9 par carrés - l’Etoile est un vieux bateau ! - , on est serrés comme des sardines, il n’y a pas beaucoup d’intimité. Alors, on apprécie son petit coin de 2 mètres carrés. On tire le rideau et on est chez soi. On écoute le vent et la pluie, on se réjouit de ne pas être dehors à ce moment-là.

Qu’est-ce que les éléments naturels vous ont enseigné ?

La pluie m’a appris à être patiente et… résignée: accepter ce qui tombe de là-haut et faire avec. Car je peins souvent sous la pluie! Les gouttes font partie intégrante de certains tableaux, je travaille avec. La neige m’a appris le silence. C’est comme un souvenir d’enfance. A ce stade, l’eau n’est plus un élément mais un personnage à part entière comme Neptune, le Dieu des Eaux vives et des Océans.

 

© Photos : Sophie Babaz

 

Dans quel état d’esprit êtes-vous quand vous peignez ?

J’essaie d’éteindre mon cerveau, de ne pas trop réfléchir tout en observant attentivement le paysage. Je regarde les volumes, les inclinaisons, les mouvements du sol, comment la lumière frappe la terre. J’écoute le paysage. Peindre est pour moi un mélange de contrôle et de lâcher-prise. Il faut trouver la spontanéité, une certaine vérité au milieu de tout cela. Mais si on la cherche trop, elle nous échappe.

Vous peignez sous la pluie, dans la rouille et les étincelles de soudure sur l’Arsenal de Brest. Evoluer dans ce milieu masculin vous a-t-il empêché d'être ?

Etre une femme ne m’a jamais empêché de faire ce que je voulais. Il faut ignorer ce que disent les autres de vous et être juste dans sa vie et avec soi-même. Je crois que cette liberté vient de ma mère. Elle me disait à propos de mes chaussettes qui n’arrivaient pas aux genoux comme celles de mes copines: « mais toi, tu n’es pas comme les autres ». Il faut assumer ce que l’on est et ce que l’on aime.

Qu’aimez-vous chez les gens de mer que vous croquez et que leur prendriez-vous ?

J’envie leur maitrise de la cartographie. J’aimerais moi aussi reconnaître les étoiles pour naviguer, pouvoir tracer ma route grâce à mes connaissances. Voyageurs, ils parlent souvent plusieurs langues. J’aimerais pouvoir parler espagnol pour l’ouverture que ça donne sur d’autres régions du monde. En revanche, je n’aime pas leur perpétuelle insatisfaction qui a dû, un peu, me contaminer… En mer, nous rêvons de terre et notre famille nous manque. A terre, nous n’avons qu’une seule envie, mettre les voiles.

Avez-vous une devise ?

« Par la terre et par la mer ». C’est une devise de ma famille, originaire de l’île écossaise de Skye. Nous sommes des îliens. Du coup, je suis un peu partagée entre les deux. Dans le Finistère, j’ai appris la mer et dans le Morbihan, j’apprends la terre et en particulier la forêt, elle aussi sauvage et mystérieuse.

Avez-vous un rêve ?

Je n’ai QUE des rêves ! Mais j’ai de la chance car je les réalise souvent comme l’art et la navigation.

 

Christophe à la barre de l'Etoile

 

Peintre de la marine

Le corps des peintres de la Marine a été créé en 1830 mais la marine a toujours entretenu des liens étroits avec les artistes. Les sculpteurs décoraient les bateaux, les peintres rendaient compte des batailles navales ou faisaient le portrait des grands marins. Mais la véritable vocation de ces artistes était de participer aux grandes missions de découverte qui démarrèrent au 16ème siècle et d’en témoigner. Paysages, côtes, indigènes, faune, flore, leurs peintures, dessins ou gravures ont nourri la connaissance sur ces nouveaux territoires et fait progresser la science. Aujourd’hui, on compte 45 peintres de la marine dont 5 femmes. Ils portent le statut d’officier, possèdent une carte d'identité militaire et peuvent porter l'uniforme mais n'ont d’autres missions que celle d’artistes-témoins. La fameuse ancre de marine ponctue la signature de leurs oeuvres.

  • Anne Smith, Peintre officiel de la Marine
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  • Son Actu : Anne Smith prépare un livre sur sa dernière expédition "Étoile au soleil du minuit". Elle racontera son expérience de femme à bord d’un navire militaire. Ce récit autobiographique sera accompagné des tableaux peints pendant sa traversée. Sortie prévue au printemps 2017 / Du 22 octobre au 1er novembre prochain, dans la Salle Kerjadenn de Logonna-Daoulas, Anne Smith sera l’invitée d’honneur du Salon d'automne de peinture la ville.

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